>Comment vous êtes vous retrouvés à Sadhana Forest ?
Helen : Après avoir fait un master en résolution de conflits, je ne voulais pas suivre le chemin tout tracé de la carrière. J’ai entendu parler de Sadhana Forest et je me suis rendue en Inde à partir du Pays de Galle en faisant du stop et du wwoofing en chemin, ce qui m’a pris six mois.
Mon but était de trouver à Sadhana une source d’inspiration. Mais une fois sur place, j’ai à plusieurs reprises prolongé mon séjour par rapport à ce que je m’étais fixée. Après quelques semaines, j’ai réalisé que tout ce que je cherchais se trouvait à Sadhana : un mode de vie différent, une communauté, l’absence de salaire, des énergies alternatives. Donc, quand on m’a demandé de rejoindre l’équipe des bénévoles à trois ans, j’ai tout naturellement accepté.
En fait, Sadhana Forest est devenu comme une addiction. Il y a tellement de choses qui nous font rire avec une telle intensité, c’est comme si on était tout le temps en extase.
Tom : Tout ce que je cherche est à Sadhana. Mon envie est de participer au changement nécessaire sur cette planète, et à Sadhana, je peux expérimenter des solutions pour ce changement. J’y trouve aussi le mode de vie dont je rêve : une façon de vivre librement qui nous permet de devenir qui on est. A Sadhana, je peux aussi découvrir des gens du monde entier sans avoir besoin de voyager ! C’est incroyable !

>Qu’est-ce que Sadhana représente pour vous ?
Helen : Sadhana Forest représente quelque chose de différent pour chacun. Le jardin, la communauté, la forêt. Pour moi, c’est vraiment une expérience authentique de vie, ainsi qu’une expérimentation.
Tom : C’est un lieu de partage et d’échanges avec les autres, c’est un moyen d’apprendre sur toi même, sur l’environnement, la nature et de t’intégrer toi même dans cette nature. C’est un lieu d’harmonie.
Helen : Sadhana est un défi sur la manière dont nous apprenons les choses. Il n’y a pas d’enseignants. Chacun apprend à apprendre de manière autonome, selon son rythme et ses envies.
>Pourquoi Sadhana Forest est un projet qui fonctionne ?
Tom : Ca fonctionne car le monde a besoin de lieux comme cela ! Les gens viennent car ils ont besoin de vivre ce genre de vie. Ce sont eux qui font Sadhana Forest, avec leur passion. Ils sont habités par des idéaux très simples mais très forts. Par exemple, le fait que la communauté n’ai pas de visée commerciale, que l’utilisation de drogues soit interdite, que la coopération entre les gens soit la règle, et non la compétition...
Helen : Ce qui permet aussi à Sadhana Forest de durer, c’est le groupe de permanents (présents pour trois ans minimum et responsables des différents aspects du projet) sans lequel ça ne pourrait pas fonctionner vu le nombre de volontaires accueillis.
>Justement, il y a des bénévoles qui viennent pour des périodes courtes de minimum deux semaines à plusieurs mois, et il y a une équipe de bénévoles dont vous faites partie qui se sont engagés à rester pour trois ans. Comment cela se passe t-il entre ces deux groupes ?
Helen : Le but est d’atteindre l’intégration complète entre ces deux groupes donc il n’y a aucune hiérarchie (au niveau des décisions, des responsabilités).
Tom : Les bénévoles pour trois ans travaillent constamment, donc même s’ils aimeraient rencontrer tous les bénévoles, physiquement ce n’est pas possible. Il arrive aussi que les bénévoles de passage ne fassent pas l’effort de s’intégrer, mais c’est plus rare.
>Qu’est ce que chacun de vous fait dans cette communauté ?
Helen : Depuis que je suis à Sadhana Forest, c’est-à-dire décembre 2009, je m’occupe d’accueillir les bénévoles en leur expliquant les valeurs éthiques du lieu et son fonctionnement. C’est un travail qui contient une très belle dimension sociale. Je travaille aussi au bureau donc assure beaucoup de tâches administratives en lien avec Auroville. Je me suis retrouvée dans cette mission à la fois par choix car j’ai des compétences dans ce domaine et aussi parce que c’était un besoin de la communauté.
Tom : Depuis mon arrivée en mars 2009, j’ai touché à tout : la forêt, la cuisine, la construction, le jardin, l’organisation. Actuellement ,je suis responsable des travaux de construction car nous sommes en train de construire de nouvelles huttes ainsi qu’un amphithéâtre. Je m’occupe aussi des travaux de conservation de l’eau sur notre terre, de la planification des travaux et du dialogue avec les architectes. Mais à Sadhana Forest, chaque bénévole à long terme est capable d’apporter son aide à tous les secteurs. L’objectif final étant que chacun d’entre nous puisse gérer un projet comme Sadhana Forest
>Les gens ont souvent peur de vivre dans une forêt, et vous ?
Tom : j’ai souvent campé dans les forêts en Europe comme en Australie et j’aime beaucoup être parmi les arbres. Mais à Sadhana, on ne vit pas dans la forêt elle-même ; la communauté vit dans un espace séparé de la forêt.
Helen : j’ai vécu à la campagne entourée de forêt et de montagne et je me suis toujours sentie bien dans cet environnement. En chemin vers l’Inde, j’ai aussi beaucoup campé dans des forêts européennes.
>Est ce que Sadhana a des liens avec d’autres projets de reforestation ?
Tom : Cela se fait progressivement ; c’est surtout Auroville qui a beaucoup de liens. Sadhana Forest est engagé dans un projet de reforestation d’un lieu sacré qui appartient à un ashram1 dans le nord de l’Inde dans le Madyar Pradesh. De manière globale, Sadhana Forest se veut ouvert et toujours en interaction avec l’extérieur. En Haïti par exemple, beaucoup de contacts ont été pris avec d’autres projets de reforestation.
Helen : Sadhana Forest vise à former les gens pour que eux même puissent participer à des projets de reforestation par la suite.
Réalisation Claire Uzan, traduction Constance Jeangirard.
Octobre 2010
